Le diagnostic d’une maladie neuromusculaire peut parfois s’apparenter à un véritable casse-tête, tant la diversité des symptômes et des pathologies complique la démarche.
Faiblesse musculaire, troubles fonctionnels, fatigabilité inhabituelle ou encore atteinte respiratoire : les manifestations sont nombreuses et varient d’une personne à l’autre.
Face à cette diversité, comment s’organise la démarche diagnostic ? Quels signes peuvent orienter le clinicien et quelles étapes lui permettent d’identifier l’origine neuromusculaire des symptômes ?
C’est précisément à ces questions qu’Alexandre MEJAT, adjoint à la direction des réseaux scientifiques internationaux de l’AFM-Téléthon, a répondu lors d’une visioconférence diffusée le samedi 30 mai dernier.
Au cours de cette présentation, il a présenté trois grands axes pour mieux comprendre la démarche diagnostic dans les maladies neuromusculaires.
Les voici :
Partie 1 : Explorer pour orienter le diagnostic
La première étape repose sur un examen clinique approfondi. Le médecin observe les mouvements du patient, ses difficultés et les symptômes qu’il ressent. Il cherche à identifier les muscles les plus atteints qu’ils soient proximaux situés près du tronc ou distaux plus éloignés du centre du corps.
Le médecin s’intéresse également à l’histoire familiale. En recherchant d’éventuels cas similaires chez les proches ou les générations précédentes. Connaitre ces informations lui permettront de mieux comprendre le mode de transmission de la maladie.
Plusieurs examens complémentaires permettent ensuite d’aller plus loin. Parmi eux, le dosage des CPK (créatine phosphokinase) qui constitue un indicateur important lorsqu’une atteinte musculaire est suspectée. Une lésion musculaire peut entraîner une libération de CPK dans le sang et donc une augmentation de leur taux.
L’électromyogramme ou EMG permet, quant à lui, d’étudier l’activité électrique des muscles et d’apporter des éléments permettant de distinguer une atteinte musculaire d’une atteinte nerveuse.
Enfin, selon les situations, une biopsie musculaire peut être proposée. Cet examen permet d’observer directement le tissu musculaire et de rechercher certaines anomalies.
Partie 2 : Comprendre les fondamentaux de la génétique
Pour comprendre comment une maladie neuromusculaire peut avoir une origine génétique, il faut d’abord connaître quelques notions essentielles. Le génome humain contient environ 3 milliards de « lettres » d’ADN, représentées par quatre éléments chimiques : A (adénine), T (thymine), C (cytosine) et G (guanine).
Parmi cette immense quantité d’informations, notre génome (contraction des termes gène et chromosome) contient environ 20 000 gènes. Ils portent les informations nécessaires à la fabrication des protéines et au bon fonctionnement de notre organisme.
Chaque cellule humaine contient 46 chromosomes, répartis en 23 paires. Nous recevons un chromosome de chaque paire de notre mère et l’autre de notre père. Les gènes présents sur ces chromosomes peuvent présenter des variations qui, dans certains cas, peuvent entraîner une maladie.
Par ailleurs, une anomalie génétique peut se transmettre de différentes manières. Dans une transmission dominante, une seule copie du gène concerné peut suffire à provoquer la maladie. Dans une transmission récessive, les deux copies du gène doivent généralement présenter une anomalie.
Certaines maladies apparaissent également à la suite d’une mutation » de Novo » (nouvelle) qui survient pour la première fois chez une personne et que ses parents ou autres membres de la famille n’ont pas.
En somme, ces différents mécanismes aident le médecin à comprendre l’histoire familiale, à rechercher d’éventuels cas similaires et à définir l’évolution de la maladie.
Partie 3 : Les nouvelles technologies au service du diagnostic génétique
Les progrès des technologies de séquençage offrent aujourd’hui de nouvelles possibilités aux médecins pour diagnostiquer les maladies neuromusculaires. Selon les symptômes et les premières hypothèses cliniques, le médecin peut choisir entre plusieurs stratégies.
- Le séquençage d’un gène unique : lorsqu’un gène précis est suspecté ;
- Un panel de gènes : pour analyser simultanément plusieurs gènes ;
- Le séquençage de l’exome : pour étudier la partie du génome qui contient la majorité des gènes ;
- Le séquençage du génome entier : pour élargir encore davantage la recherche à l’ensemble du génome.
Ces analyses peuvent révéler de nombreuses variations génétiques, mais toutes ne provoquent pas forcément une maladie. Les médecins classent certaines d’entre elles parmi les VUS (variants de signification inconnue) car ils ne connaissent pas encore leur rôle dans la maladie.
En conclusion, le séquençage du génome entier demande une expertise particulière. Un clinicien expert rattaché à un centre de référence de la filière FILNEMUS, analyse les résultats et les met en relation avec les symptômes et l’histoire du patient afin d’en évaluer la signification.
Voici les différentes étapes à suivre pour accéder au séquençage génomique à très haut débit :

Pour aller plus loin et découvrir les explications détaillées d’Alexandre MEJAT, nous vous invitons à visionner l’intégralité de la conférence.
La vidéo est disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=wVEFjc7KFe4&t=223s
Bonne lecture 🙂